Sonnet


Foudroye moy de grace ainsi que Capanée,
O pere Jupiter, et de ton feu cruel
Esteins moy l'autre feu qu'Amour continuel
Toujours m'alume au coeur d'une flame obstinée.

E ne vaut-il pas mieus qu'une seul journée
Me despouille soudain de mon fardeau mortel,
Que de soufrir toujours en l'ame un tourment tel
Que n'en soufre aus enfers l'ame la plus damnée?

Ou bien si tu ne veus, pere, me foudroyer
Donne le desespoir qui me meine noyer,
M'elançant du sommet d'un rocher solitaire,

Puis qu'autrement par soing, par peine et par labeur,
Par ennuy, par travail, je ne me puis defaire
D'amour, qui maugré moi tient fort dedans mon coeur.



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Sonnet - Pierre de Ronsard