A Lydie - Imitation


HORACE

Du temps où tu m'aimais, Lydie,
De ses bras, nul autre que moi
N'entourait ta gorge arrondie;
J'ai vécu plus heureux qu'un roi.


LYDIE

Du temps où j'étais ta maîtresse,
Tu me préférais à Chloé;
Je m'endormais à ton côté,
Plus heureuse qu'une déesse.


HORACE

Chloé me gouverne à présent,
Savante au luth, habile au chant;
La douceur de sa voix m'enivre.
Je suis prêt à cesser de vivre
S'il fallait lui donner mon sang.


LYDIE

Je me consume maintenant
pour Calaïs, mon jeune amant,
Qui dans mon coeur a pris ta place.
Je mourrais deux fois, cher Horace,
S'il fallait lui donner mon sang.


HORACE

Eh quoi! si dans notre pensée
L'ancien amour se ranimait?
Si ma blonde était délaisée ?
Si demain Vénus offensée
A ta porte me ramenait ?


LYDIE

Calaïs est jeune et fidèle,
Et toi, poète, ton désir
Est plus léger que l'hirondelle,
Plus inconstant que le zéphyr;
Pourtant, s'il t'en prenait envie,
Avec toi j'aimerais la vie;
Avec toi je voudrais mourir.


1837



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A Lydie - Imitation - Alfred de Musset